Le tarissement est une période clé du cycle de production de la vache laitière. Bien conduit, il permet une régénération complète du parenchyme mammaire, une reconstitution des réserves corporelles et une prévention efficace des maladies métaboliques du péri-partum. Mal géré, il est responsable de mammites, de fièvre de lait et d'acétonémie.
Pourquoi tarir les vaches ?
La glande mammaire a besoin d'une phase de repos pour se régénérer. Les cellules sécrétrices de lait (cellules épithéliales) subissent une involution puis une rénovation complète pendant les 6 à 8 semaines de tarissement. Ce processus est indispensable pour maintenir le potentiel de production à la lactation suivante.
Chiffre clé : Une vache bien tarie produit en moyenne 5 à 8 % de lait en plus à la lactation suivante par rapport à une vache insuffisamment tarie.
La période sèche sert également à :
- Reconstituer les réserves en glycogène hépatique et en minéraux (Ca, P, Mg)
- Préparer le système immunitaire mammaire (augmentation des immunoglobulines dans le lait de pré-colostrum)
- Permettre le développement optimal du veau en fin de gestation
Durée optimale du tarissement
La durée recommandée est de 45 à 60 jours. Des études montrent qu'une période sèche trop courte (moins de 40 jours) réduit la production de la lactation suivante de 10 à 15 %. À l'inverse, une période trop longue (plus de 70 jours) favorise l'engraissement des vaches et augmente le risque de syndrome de la vache grasse.
| Durée de tarissement | Risque principal |
|---|---|
| Moins de 40 jours | Perte de production, mammite latente |
| 45 à 60 jours | Optimal |
| Plus de 70 jours | Engraissement, acétonémie post-vêlage |
Alimentation en période sèche
Phase 1 : Tarissement (J0 à J42)
L'objectif est de réduire les apports énergétiques pour limiter l'engraissement tout en couvrant les besoins d'entretien et de croissance fœtale. La ration doit être pauvre en énergie et en protéines :
- UFL : 7 à 8 UFL/jour (entretien + gestation)
- PDI : 700 à 800 g/jour
- Base fourragère : foin de prairie, paille — éviter l'ensilage de maïs riche en énergie
- Apport en minéraux : Ca 60 g/j, P 35 g/j, Mg 25 g/j
Attention : Ne jamais utiliser une ration de lactation pendant le tarissement. Un excès d'énergie en phase sèche augmente fortement le risque de syndrome de la vache grasse et d'acétonémie.
Phase 2 : Préparation au vêlage — steaming (J42 à vêlage)
Les 3 dernières semaines avant le vêlage constituent la période de "steaming up". L'objectif est d'habituer le rumen aux aliments de la ration de lactation et de préparer la mobilisation calcique :
- Introduction progressive de l'ensilage de maïs et des concentrés (max 2 kg/j)
- Apports calciques réduits si utilisation d'aliments anioniques (BACA négatif)
- Magnésium augmenté à 40-50 g/j pour prévenir la tétanie
Traitement au tarissement
Antibiothérapie intra-mammaire
Le traitement antibiotique au tarissement (TAT) protège la glande mammaire pendant la phase d'involution, période où elle est particulièrement vulnérable aux nouvelles infections. Deux approches existent :
- Tarissement sélectif : seules les vaches à cellules élevées (> 200 000 cell/mL) ou avec antécédent de mammite reçoivent des antibiotiques. Recommandé dans le cadre du plan EcoAntibio.
- Tarissement systématique : toutes les vaches traitées. Encore pratiqué dans les élevages à forte pression infectieuse.
Obturation interne (teat sealant)
Le bismuth subnitrate en suspension (ex. Orbeseal®) est introduit dans chaque trayon au tarissement. Il forme un bouchon physique qui protège le canal du trayon pendant toute la période sèche, réduisant les nouvelles infections de 50 à 70 %.
Bonne pratique : Combiner obturation interne + antibiotique dans les quartiers positifs en bactériologie = taux de guérison supérieur à 85 % pour les mammites à staphylocoques à coagulase négative.
Conduite pratique du tarissement
Comment tarir une vache ?
- Réduire progressivement la fréquence de traite 3 à 5 jours avant (2 fois/j → 1 fois/j)
- Le jour du tarissement : traite complète, désinfection soigneuse de chaque trayon
- Infuser l'antibiotique (et/ou obturateur) trayon par trayon, de l'arrière vers l'avant
- Bouchon de dipping post-infusion sur chaque trayon
- Pas de traite pendant au moins 15 jours (pour permettre l'involution)
Surveillance pendant la période sèche
Contrôler régulièrement :
- La note d'état corporel (NEC) : objectif 3 à 3,5 sur 5 au vêlage
- L'état de la mamelle (chaleur, dureté anormale = signe d'infection)
- La locomotion et le comportement général
- L'apport hydrique (une vache tarie doit avoir accès à l'eau ad libitum)
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