Santé mammaire

Mammites chez la vache laitière :
causes, prévention et impact sur la production

Par l'équipe Rumicore  •  Mis à jour le 22 mai 2026  •  Lecture : 10 min

Les mammites restent la première cause de perte économique en élevage laitier, devant les boiteries et les troubles de la reproduction. En France, chaque vache laitière présente en moyenne 0,3 à 0,5 cas de mammite clinique par lactation. Mais ce chiffre ne dit rien de l'iceberg : pour un cas clinique visible, 3 à 5 vaches présentent une inflammation subclinique détectable uniquement par le comptage des cellules somatiques (CCS). Comprendre les mécanismes, identifier les germes en cause et mettre en place un plan de prévention rigoureux peut réduire le taux d'incidence de 50 à 70 %.

Classification des mammites

Mammite subclinique

Aucun signe visible. La mamelle semble normale à l'observation. Seul le CCS individuel au contrôle laitier révèle l'inflammation : un seuil de 200 000 cellules/mL est retenu par la plupart des normes pour définir une vache atteinte. La production laitière est réduite de façon progressive et cumulée sur la lactation, sans que l'éleveur s'en aperçoive au quotidien.

Mammite clinique légère à modérée

Lait anormal (grumeaux, flocons, sérum aqueux), quartier chaud et gonflé, légère douleur à la palpation. La vache mange et produit normalement par ailleurs. Traitement par voie intramammaire (antibiotiques) pendant 2 à 5 jours selon le germe suspecté.

Mammite clinique sévère (colimammite)

Fièvre > 39,5 °C, abattement général, anorexie, quartier rouge et tuméfié, lait quasi absent ou sérosanguinolent. Souvent causée par des colibacilles. Pronostic grave sans traitement rapide. Mortalité possible dans les formes suraiguës avec endotoxémie.

Principaux germes responsables

Germes contagieux : transmission de vache à vache

Ces germes vivent principalement dans la mamelle infectée et se transmettent lors de la traite :

Germes environnementaux : viennent de la litière et du milieu

Identification des germes : La culture bactériologique d'un échantillon de lait prélevé en conditions stériles (avant traitement) est indispensable pour adapter l'antibiothérapie et orienter le plan de prévention. Coût : 20 à 40 € par prélèvement. Rentable dès le premier cas récidivant.

Cellules somatiques et perte de production

Les cellules somatiques (CS) sont majoritairement des globules blancs (polynucléaires neutrophiles) mobilisés pour lutter contre l'infection. Leur accumulation dans le lait est un indicateur d'inflammation. Leur impact sur la production est linéaire :

CCS individuel (cellules/mL) Statut mammaire Perte de production estimée Perte financière (35 c€/L)
< 100 000SainRéférence (0 %)
100 000 – 200 000Limite–1,5 % soit –115 kg/lactation–40 €
200 000 – 500 000Subclinique–4 à –6 % soit –300 à –450 kg–105 à –160 €
500 000 – 1 000 000Infecté chronique–8 à –12 % soit –600 à –900 kg–210 à –315 €
> 1 000 000Sévèrement atteint–15 à –25 % soit –1 000–1 700 kg–350 à –595 €

Réglementation : le seuil tanker

Le seuil réglementaire européen pour le CCS du lait tanker est fixé à 400 000 cellules/mL en moyenne géométrique sur 3 mois glissants. Au-delà, le lait peut être refusé ou pénalisé financièrement par la laiterie. En pratique, viser un objectif d'exploitation à 150 000 à 200 000 CS/mL en tanker laisse une marge de sécurité confortable.

Gestion de crise CCS : Quand le CCS tanker dépasse 300 000, il faut agir vite. Isoler les vaches avec CCS individuel > 1 million, renforcer l'hygiène de la traite, faire des cultures bactériologiques sur les cas récidivants. Un plan d'action avec votre vétérinaire doit être mis en place sous 15 jours maximum.

Le protocole de traite en 5 points

La qualité de la traite est le premier levier de prévention des mammites contagieuses. Le protocole en 5 points, recommandé par toutes les références nationales, doit être appliqué rigoureusement à chaque traite :

  1. Élimination des premiers jets (3 à 4 jets par quartier) : dans un bol à fond sombre pour détecter les anomalies visuelles. Ce geste stimule aussi l'ocytocine.
  2. Prédipping : trempage des trayons dans un désinfectant pendant 20 à 30 secondes, puis essuyage avec papier individuel. Réduit les mammites environnementales de 50 %.
  3. Pose des gobelets dans les 60 à 90 secondes après la stimulation (délai de montée de lait).
  4. Surveillance du décrochage et dépose sans sur-traite (les 30 dernières secondes de sur-traite multiplient par 3 le risque de lésions des trayons).
  5. Postdipping obligatoire : trempage immédiat après dépose dans une solution iodée ou à base de chlorhexidine. Ce geste est le plus efficace contre les germes contagieux.

Tarissement sélectif : l'outil stratégique

Depuis 2022, le tarissement systématique de toutes les vaches avec des antibiotiques intramammaires est interdit en Europe (règlement UE 2019/6). Le tarissement sélectif consiste à ne traiter avec antibiotiques que les vaches avec un CCS élevé (> 200 000 en fin de lactation) ou ayant eu des épisodes de mammites cliniques. Les vaches saines reçoivent uniquement un obturateur de canal (sealant interne).

Cette pratique exige une gestion rigoureuse des CCS individuels en fin de lactation et une bonne connaissance du statut bactériologique du troupeau. Elle réduit l'usage des antibiotiques de 30 à 50 % sur un troupeau bien géré.

Score de trayons : Évaluez régulièrement l'état des extrémités de trayons (score 1 à 4 : de lisse à fortement hyperkératosé). Un score > 2 sur plus de 20 % des vaches indique un dysfonctionnement de la machine à traire (vide trop élevé, pulsation inadaptée). Faire vérifier la traite par un technicien certifié.

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